“Je ne sais même plus si je suis un homme une femme ou un bout de bois”
Voilà ce qu’il raconte le grand-oncle quand il nous rejoint dans le pavillon. Il ne sait pas non plus qui l’on est. Il s’assoie pourtant près de nous. Prés de ma grand-mère. Cette vieille femme de 5 ans son aîné qui lui inspire peut-être quelques souvenirs. Il s’assoie à côté d’elle mais ne la reconnaît pas. Il se souvient du bois quand il travaillait à la scierie. Il se souvient du front russe quand il combattait au côté des Allemands. Il se souvient de cette guerre, de cette sale guerre, de cette guerre où il combattait avec les Allemands, pendant que son frère combattait avec les Français, que leur père cachait les déserteurs et que son beau-frère était prisonnier dans un camp. Alors cet homme dont la mémoire aujourd’hui vacille arrive devant nous et sans même nous dire bonjour nous dit qu’il ne sait même plus s’il est un homme, une femme ou un bois de bois. Il s’assoie à côté de sa vieille sœur et se met à fredonner les airs d’un temps qui n’est plus. Le temps où il composait sur son orgue. Le temps où il jouait la messe tous les dimanches. Le temps d’un homme qui n’existe presque plus. Il fredonne confusément. Il ne finit plus ses phrases. Il se demande s’il existe encore vraiment.
