Triolet 3

By Caroline Brouillard

Je n’ai pas besoin d’avion pour décoller. J’ai juste besoin de temps 
pour me recoller. Parce que la douleur, après tout, je m’en fous. Cet 
enfant sera une vie. Une vie sans lui. Il n’y aura pas d’autres 
cicatrices sur mon corps. Celles qu’il m’a laissées sont suffisantes. A 
la mort de mon dernier pansement, à la mort de mon dernier bandage, la 
vie triomphera. Parce qu’après tout, c’est bien ce que j’ai appris là-
bas, au pays du bissap, du baobab, du pain de singe et du fromager. Au 
pays de Bambey on me disait : “C’est au bout de la vieille corde qu’on 
tisse la nouvelle.”. C’est bien ce que j’ai appris de cette terre 
renaissante à la saison des pluies. Quand la terre aride laisse passer 
l’eau entre ses craquelures. Quand, au matin, les plantes ressurgissent 
du sol noyé après un an d’absence. Voilà ce que je vis : le 
surgissement de la vie. J’attends un enfant sans mari. Je suis une vie 
qui fait peau neuve. Je suis la terre de mon enfant.

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