novembre 4, 2009 par Caroline Brouillard
Nous vivons dans des mondes parallèles.
La S.F. est notre quotidien.
La plupart du temps nous nous succédons.
Rares sont les moments où nos mondes communiquent.
Tu passes avant moi.
Je passe après toi.
Je passe avant toi.
Tu passes après moi.
Et lorsque l’on se croise,
Il s’agit de ne pas se manquer.
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novembre 4, 2009 par Caroline Brouillard
Tout ça ne vaut pas le coût de l’écrire.
Et les passantes qui ne passent pas : qu’est ce qu’on en fait ?
Je t’abandonne, c’est décidé !
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novembre 4, 2009 par Caroline Brouillard
Manquer à soi Manquer aux autres Manquer à soi-même Se louper Se perdre de vue Disparaître à soi Il n’y a plus de place pour moi dans ma vie Il me faut me souvenir de ce que j’étais, de la place que j’occupais Il me faut la recréer Il me faut marcher Ecouter la résonnance de mes pas Regarder l’empreinte qu’ils laissent ou qu’ils ne laissent pas Il me faut cesser de penser à toi
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juin 30, 2009 par Caroline Brouillard
Je me penche sur ton visage. Je pose une main sur ton ventre. Nous sommes au Jardin des plantes. Tu souris et tu fermes les yeux : je prends ça pour un oui. Tu dois sentir mon souffle, je devine à peine le tien. Je regarde tes seins et je regarde les miens. Il s’agit de ne pas s’arrêter à mi-chemin. Tu n’as pas rouvert les yeux. Je sais que si je fais ça, je sais que si je vais au bout de mon geste, tout va basculer.
Tu parles toujours. Tu changes de langue. Tu abandonnes l’anglais. Tu reviens au français. Question de concentration. Tu pourrais ouvrir les yeux. Mon ombre te protège du soleil. Mon corps tout entier te protège. Tu pourrais rouvrir les yeux et me regarder comme je te regarde. On pourrait s’embrasser, là, maintenant. On pourrait faire comme si c’était normal, comme si nous étions de vieux amants, comme si le temps s’écoulait normalement.

Mots-clefs : corps, jardin, Toi
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juin 30, 2009 par Caroline Brouillard
La symétrie de ton corps près du mien. Une juxtaposition qui me rassure.
Laisse mes pas me guider vers toi.
Laisse-moi faire ces quelques pas.
A pas lents, à pas lourds, mes mains de velours se poseront sur toi.

Mots-clefs : corps
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mai 17, 2009 par Caroline Brouillard
Je déteste l’image de mon corps social.
J’arracherai ce sein et je l’accrocherai à l’hameçon de ma canne.
J’attraperai avec les menteurs vendeurs d’images de perfection.

Mots-clefs : corps
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mars 20, 2009 par Caroline Brouillard
Dans chirurgie réparatrice, il y a l’idée d’une réparation du corps. L’idée que le corps est défaillant. Qu’il faut le réparer. Mon corps n’était pas défaillant. Il était en partie manquant. La chirurgie a mis de la matière dans les vides de mon corps pour construire l’image de mon corps social.

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mars 20, 2009 par Caroline Brouillard
Mon corps dans la rue. Tout ça pour Mac Do. Tout ça pour l’argent. Protéger son sourire. Accepter les refus. Considérer tout le monde avec les mêmes égards même s’ils ne me sont pas toujours rendus. Protéger son sourire. Travailler sa diction. Sortir les passants de leurs pensées, de leurs discussions, en somme de leur intimité. Les en sortir en douceur. Les amener à soi. Parfois le sourire et la voix ne suffisent pas. Mais on résiste à l’insulte mais on résiste à l’agressivité. Applaudir aux bonjours. Remercier aux sourires. Le papier ne compte plus, qu’ils le prennent ou pas, on s’en fout. Mais toujours rappeler que derrière la marque, que derrière le prospectus qu’ils insultent, il y a une personne et c’est la seule qui entende. J’ai souvent l’impression que le métier d’hôtesse d’accueil est d’être un réceptacle à merde : certains sont pleins d’agacement par la journée qui commence, par la journée qui finit, hôtesses, nous sommes l’infime détail sur lequel ils butent et qui leur donne l’opportunité de se vider. Alors, on reçoit très généreusement insultes, humiliations et puis on souffle un bon coup, on se jette sur la bouffe pour pouvoir tout évacuer. Ainsi se termine le cycle. Les journées passent, mais ne se ressemblent pas. On s’ennuie quand il n’y a personne. La tension monte quand il y a plein de monde. Toujours sous tension car l’homme est imprévisible. Toujours sous tension, en alerte pour résister. Faire opposition par le corps. Car les mots que j’adresse s’ils n’y répondent pas, sont soutenus par mon corps qu’ils doivent éviter et donc regarder. On ne nie pas l’existence d’un corps. Elle s’impose d’elle-même et je leur prouve chaque fois qu’ils essaient de m’ignorer. Une journée comme ça, ça veut dire sept heures debout, 2 500 papiers donnés, une petite centaine à ramasser et des dizaines de milliers de bonjours dits. Du coup on ne s’ennuie pas beaucoup.

Mots-clefs : corps, papier
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mars 18, 2009 par Caroline Brouillard
Peur honte haine
Ces sentiments, comme des poissons dans l’eau, tentent de faire agir mon coeur.
Peur honte haine
Ces sentiments tentent de faire tomber mon coeur du bateau.

Mots-clefs : coeur, eau, lazy crush, poisson
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mars 9, 2009 par Caroline Brouillard
Quand j’écoute cette chanson, je suis immédiatement propulsée dans le passé. Je suis à nouveau dans le train régional qui fait Venise – Trieste et je descends à Trévise. Je suis les yeux jetés dehors, sur le décor que je veux apprendre par cœur. Je suis mordue et saoulée par le soleil. Je suis en Italie. Je crée mon rituel païen, chaque fois que je suis dans ce train. A la fin de mes journées vénitiennes, j’ai le portable dans mon sac et j’écoute toujours ces mêmes chansons. Cette musique accompagne ma solitude, l’incarne, me permet d’en faire un objet que j’allume quand je le souhaite et que je coupe ensuite. Cette musique aujourd’hui m’ouvre à la nostalgie. Elle déverse en moi toutes les sensations de mon corps italien. Je l’écoute dans le train qui va de Paris à Chartres. Mais elle reste la musique de ma vie italienne. Je porte à nouveau ma robe bleue et mes sandales trévisanes. Mes épaules sont à nouveau bronzées par toutes ces marches interminables. Je suis à nouveau fatiguée – premier effet qu’a sur moi la chaleur humide de la Vénétie. Chaque instant est fait de joie et de tristesse. C’est quelque chose qui ne se voit pas. On me prend parfois pour une italienne. Je suis fière. Je rentre deux fois à Paris, mais ça ne me manque pas. Les simulacres des nouvelles technologies rendent supportable la distance entre mon foyer affectif et mon foyer temporaire. La gloire de me suffire pendant ces mois contre la peur de te perdre. La gloire d’oser risquer sans savoir si j’en sortirai vraiment glorieuse.
Je suis italienne pendant trois mois et demi. J’apprends ton pays. Je finis d’apprendre ta langue. Je sors seule dans les rues trévisanes. Je me presse dans cette foule nocturne et compacte. Il est 11 heures 30 et l’orchestre rock joue. Les poussettes et les cortèges familiaux sont toujours dehors. J’ai peur car je ne connais pas la foule italienne. Je ne sais pas comment elle progresse. Je ne sais pas si elle est dangereuse.
Je suis souvent à la pizzeria. Je fais des rencontres. Je ne suis que moi. Je n’ai rien de ma vie parisienne sauf ce que je porte en moi. Mais dans la rue, aucun signe matériel de mon étrangeté. Quand je marche seule dans la rue, je ne suis que moi. Ce voyage sur ta terre me ramène à moi et m’oblige à ne plus me satisfaire de ce que je sais déjà.
J’ai fait 1 200 kilomètres pour apprendre à me connaître.

Mots-clefs : corps, Italie, lazy crush, musique, Trévise, Venise, voyage
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