Phraséologie 4

mai 16, 2010

Mon coeur à ton corps accroché

Le grand-oncle

mars 13, 2010

“Je ne sais même plus si je suis un homme une femme ou un bout de bois”
Voilà ce qu’il raconte le grand-oncle quand il nous rejoint dans le pavillon. Il ne sait pas non plus qui l’on est. Il s’assoie pourtant près de nous. Prés de ma grand-mère. Cette vieille femme de 5 ans son aîné qui lui inspire peut-être quelques souvenirs. Il s’assoie à côté d’elle mais ne la reconnaît pas. Il se souvient du bois quand il travaillait à la scierie. Il se souvient du front russe quand il combattait au côté des Allemands. Il se souvient de cette guerre, de cette sale guerre, de cette guerre où il combattait avec les Allemands, pendant que son frère combattait avec les Français, que leur père cachait les déserteurs et que son beau-frère était prisonnier dans un camp. Alors cet homme dont la mémoire aujourd’hui vacille arrive devant nous et sans même nous dire bonjour nous dit qu’il ne sait même plus s’il est un homme, une femme ou un bois de bois. Il s’assoie à côté de sa vieille sœur et se met à fredonner les airs d’un temps qui n’est plus. Le temps où il composait sur son orgue. Le temps où il jouait la messe tous les dimanches. Le temps d’un homme qui n’existe presque plus. Il fredonne confusément. Il ne finit plus ses phrases. Il se demande s’il existe encore vraiment.

Je m’éloigne de toi

mars 13, 2010

Il y a les tentatives et les erreurs. Et il y a les tentations. C’est à dire qu’il y a moi qui m’approche de toi et moi qui suis trop près de toi. Et il y a moi qui voudrais me rapprocher de toi. Je te laisse là. Je te laisse là parce que je ne veux pas faire cette erreur. Alors je te laisse là. Mais la tentation reste là. Alors je te laisse mais je tente de te garder juste là : à portée de voix mais où mes regards ne t’aperçoivent pas. Et la tentation reste. Et elle me mord. Et elle te rappelle à moi. S’il fallait te faire disparaître, aujourd’hui je n’y arriverais pas. Mais il y a surtout le hasard. Celui qui fait que je te trouve sur ma route. Et à ce moment-là, la tentation reprend : je te parle, je te vois. Je remarque l’asymétrie de tes incisives (quoi de plus beau ?). Elles ont dû être limées : peut-être, un jour, es-tu tombée ? Et tu es belle. Et mes mains tremblent. Je me souviens du jour où tu m’as dit que j’étais belle. Je me souviens de l’instant où j’ai cru que tu allais m’embrasser. J’ai cru t’échapper en sortant de la pièce. J’ai juste échappé à l’erreur. Celle qui me taraude et nourrit copieusement mes rêves nocturnes. Je ne tromperai pas. Je ne ferai pas cette erreur-là. Je me le dis. Je me le répète. Mais je n’ai qu’elle en tête.

Science-Fiction

novembre 4, 2009

Nous vivons dans des mondes parallèles.

La S.F. est notre quotidien.

La plupart du temps nous nous succédons.

Rares sont les moments où nos mondes communiquent.

Tu passes avant moi.

Je passe après toi.

Je passe avant toi.

Tu passes après moi.

Et lorsque l’on se croise,

Il s’agit de ne pas se manquer.

novembre 4, 2009

Tout ça ne vaut pas le coût de l’écrire.

Et les passantes qui ne passent pas : qu’est ce qu’on en fait ?

Je t’abandonne, c’est décidé !

Se manquer

novembre 4, 2009

Manquer à soi Manquer aux autres Manquer à soi-même Se louper Se perdre de vue Disparaître à soi Il n’y a plus de place pour moi dans ma vie Il me faut me souvenir de ce que j’étais, de la place que j’occupais Il me faut la recréer Il me faut marcher Ecouter la résonnance de mes pas Regarder l’empreinte qu’ils laissent ou qu’ils ne laissent pas Il me faut cesser de penser à toi

Abandon de toi

juin 30, 2009

Je me penche sur ton visage. Je pose une main sur ton ventre. Nous sommes au Jardin des plantes. Tu souris et tu fermes les yeux : je prends ça pour un oui. Tu dois sentir mon souffle, je devine à peine le tien. Je regarde tes seins et je regarde les miens. Il s’agit de ne pas s’arrêter à mi-chemin. Tu n’as pas rouvert les yeux. Je sais que si je fais ça, je sais que si je vais au bout de mon geste, tout va basculer.
Tu parles toujours. Tu changes de langue. Tu abandonnes l’anglais. Tu reviens au français. Question de concentration. Tu pourrais ouvrir les yeux. Mon ombre te protège du soleil. Mon corps tout entier te protège. Tu pourrais rouvrir les yeux et me regarder comme je te regarde. On pourrait s’embrasser, là, maintenant. On pourrait faire comme si c’était normal, comme si nous étions de vieux amants, comme si le temps s’écoulait normalement.

SNV81453

L’avant

juin 30, 2009

La symétrie de ton corps près du mien. Une juxtaposition qui me rassure.

Laisse mes pas me guider vers toi.

Laisse-moi faire ces quelques pas.

A pas lents, à pas lourds, mes mains de velours se poseront sur toi.

SNV81453

Corps 3

mai 17, 2009

Je déteste l’image de mon corps social.

J’arracherai ce sein et je l’accrocherai à l’hameçon de ma canne.

J’attraperai avec les menteurs vendeurs d’images de perfection.

SNV81453

Corps 2

mars 20, 2009

Dans chirurgie réparatrice, il y a l’idée d’une réparation du corps. L’idée que le corps est défaillant. Qu’il faut le réparer. Mon corps n’était pas défaillant. Il était en partie manquant. La chirurgie a mis de la matière dans les vides de mon corps pour construire l’image de mon corps social.

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